Au comble du voyeurisme
Bien troublantes, les origines de la nuit de noces… En effet, jusqu’au XIX° siècle, cette nuit, importante pour le couple, faisait beaucoup parler d’elle. Sa consommation était espionnée, commentée, parfois même mise en scène dans le seul but de piéger les jeunes mariés et de participer, caché ou non au moment. Mademoiselle et sa virginité passionnaient toutes les autorités religieuses, nobiliaires et bourgeoises ; tout comme la virilité de monsieur. Les principes et tabous n’avaient pas lieu d’être… Cette nuit intéressait au bas mot l’assemblée, un village, voire une ville entière. Auparavant, au Moyen Age, l’Eglise demandait aux jeunes mariés de passer leur nuit de noces à prier sur eux, leur avenir et celui de leur progéniture. Sévère et pieuse était donc cette première nuit partagée des jeunes époux. Appelée Nuit de Tobie, en référence au [livre de Tobie] de la Bible et à cet enseignement : "Au moment de vous unir, levez-vous d’abord tous les deux pour prier". Parfois même, les autorités ecclésiastiques exigeaient trois nuits d’abstinence et de prière… Quel sacerdoce physique !
Une nuit appréhendée
Autres souvenirs de l’époque : jusqu’au XII° siècle, l’impuissance du mari pouvait provoquer l’annulation du
mariage tout comme le vaginisme ou la déformation des organes chez la femme. De vieilles légendes royales racontent que certaines reines ayant soi-disant, avant le
mariage, perdu leur virginité, certains espions, envoyés par le peuple, se camouflaient derrière des tentures pour observer le " spectacle ". Après avoir écouté, observé, ils étaient en mesure de faire établir un certificat ou non attestant l’authenticité de l’honneur de la dame. On raconte notamment l’histoire du
mariage entre Charles VIII et Anne de Bretagne, celle-ci, promise un temps à Maximilien d’Autriche. Reconnue [Virgo intacta] (vierge intacte), le soupçon sur sa virginité perdue fut alors contredit et rassura tout le royaume. Plus tard, encore, les femmes étaient aussi malmenées. Certains oncles ou messieurs un peu incestueux allaient même vérifier de l’œil et du doigt que ces dames avaient été parfaitement honorées. Les plus pudiques qui n’osaient toucher, ledit moment arrivé, étaient pris à parti et installés dans une pièce pendant que d’autres couples leur faisaient une démonstration imagée de leurs ébats. L’exhibitionnisme trouve forcément ses sources à cette époque.
Pieux et symbolique instant
Longtemps aussi, à la campagne essentiellement, les époux demandèrent la bénédiction du lit conjugal. L’Eglise y voyait là un geste saint qui apporterait fertilité au couple. Moment attendu, les couples ont assisté jusqu’au XIX° siècle à un cérémonial des plus déstabilisants et gênants. Dès que le curé quittait les lieux, la mariée était habillée et accompagnée de demoiselles qui l’aidaient à prendre place sous les draps. On lui amenait ensuite son mari. Tout ce petit monde s’appliquait à rester le plus longtemps possible près du lit, les gratifiant d’encouragements et de mots interminables. Ce moment pouvait durer de longues heures.
Le cérémonial du pot de chambre
L’autre phénomène qui retardait souvent les mariés dans leur accomplissement au devoir conjugal était la dégustation de la rôtie, rite grivois qui perdure aujourd’hui dans certains
mariages de village. Ce breuvage était préparé par les célibataires de la fête, un peu jaloux d’une sexualité devenue complètement licite chez ce couple. Soupe au lait et au pain dans certaines régions, mélanges et mixtures insoutenables dans d’autres, la rôtie prenait des formes et des goûts différents. Elle était servie au choix dans un saladier ou un pot de chambre. L’homme était souvent contraint à boire tant qu’il était saoul en quelques minutes et qu’il tombait sans pouvoir se relever ni même honorer son devoir conjugal.
© Reproduction totale ou partielle interdite sur quelque support que ce soit sans l'accord de l'auteur, i-mariage.com.
Tous droits réservés.