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LES FLORIDA KEYS. 

Phénomène connu et confirmé : traverser l’Atlantique en direction du Mexique, des Bahamas, ou de Cuba, provoque sur chaque voyageur un effet surprenant, proche du paranormal. Exposé des faits.

Après avoir survolé la cosmopolite Miami, il est une curiosité géologique qui ne peut vous échapper.
De nuit, Les Keys de Floride, chapelet d’îles et d’îlots de corail, long de presque 200 kilomètres, vous interpelle forcément. Ses lumières hypnotisantes dessinent au sol une ligne régulière et ininterrompue, légèrement courbe. Les étoiles semblent avoir exceptionnellement élu domicile à l’envers sur cette minuscule portion du monde, entre océan atlantique et golfe du Mexique. De jour, on entr’aperçoit d’amples mouvements terrestres. Non, vous ne rêvez pas : des signaux émanent de ce bout de terre et marquent instantanément les esprits… Pour rappeler à l’ordre régulièrement les curieux... Votre voyage de noces est l’occasion rêvée pour aller en percer tous les secrets. Un séjour pas comme les autres au pays de l’Oncle Tom.
Bienvenue dans un monde à la singularité saisissante, préservé de la vie citadine, rendu authentique par ses paysages et ses habitants. Un autre regard sur le Sunny State, que nous avons découvert, nous aussi, en amoureux.

Jour 1 : Avec des Oui, on mettrait les Keys en bouteille.
Jour 2 : Les îles aux multiples visages.
Jour 3 : Bénis des Dieux.
Jour 4 : Key West, côté culture.
Jour 5 : Marathon, l'île chic et charme.
Jour 6 : Retour à la civilisation. Départ pour Miami.
Informations pratiques.
Les hôtels de notre séjour.
Les forfaits JetSet Voyages.
Le regard de Patrick Simpson-Jones.
 

Jour 1

Jour 2

Jour 3

Jour 4

Jour 5

Jour 6

Le regard de...
 

Phénomène connu et confirmé : traverser l’Atlantique en direction du Mexique, des Bahamas, ou de Cuba, provoque sur chaque voyageur un effet surprenant, proche du paranormal. Exposé des faits.

Après avoir survolé la cosmopolite Miami, il est une curiosité géologique qui ne peut vous échapper.
De nuit, Les Keys de Floride, chapelet d’îles et d’îlots de corail, long de presque 200 kilomètres, vous interpelle forcément. Ses lumières hypnotisantes dessinent au sol une ligne régulière et ininterrompue, légèrement courbe. Les étoiles semblent avoir exceptionnellement élu domicile à l’envers sur cette minuscule portion du monde, entre océan atlantique et golfe du Mexique. De jour, on entr’aperçoit d’amples mouvements terrestres. Non, vous ne rêvez pas : des signaux émanent de ce bout de terre et marquent instantanément les esprits… Pour rappeler à l’ordre régulièrement les curieux... Votre voyage de noces est l’occasion rêvée pour aller en percer tous les secrets. Un séjour pas comme les autres au pays de l’Oncle Tom.
Bienvenue dans un monde à la singularité saisissante, préservé de la vie citadine, rendu authentique par ses paysages et ses habitants. Un autre regard sur le Sunny State, que nous avons découvert, nous aussi, en amoureux.

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 Jour 1 : Samedi 6 novembre 2004.
Avec des Oui, on mettrait les Keys en bouteille.

Aéroport de Paris Charles de Gaulle, 9 heures du matin. Les voyageurs du vol AA 63 à destination de Miami sont invités à se rendre au Comptoir AmericanAirlines pour l’enregistrement.

Quelques minutes d'attente dans la zone d’embarquement et puis, ça y est, le départ est annoncé.

À peine installés dans l’avion, nous réglons nos montres à l’heure américaine. Midi, non que dis-je ? : six heures du matin. Une excuse pour nous assoupir sans scrupule, en visant exceptionnellement la grâce matinée. Il est 16 heures quand nous atterrissons sur la piste ensoleillée de l’aéroport international de Miami. Les thermomètres affichent 84.2°F à l’extérieur (29°C). Après avoir passé la douane et retrouvé nos valises, nous récupérons notre voiture de location. Les formalités remplies, nous découvrons notre belle routière : une Chevrolet familiale 9 places (pour deux !) flambant neuve.

Habituée à la conduite américaine, je prends le volant de notre gigantesque semi-automatique toute option, en confiant le poste stratégique de co-pilote à mon amoureux. Direction Key Largo à deux heures de route d’ici. Notre carte routière est la bienvenue pour quitter Miami et trouver sans encombre le bon embranchement qui nous mène vers notre premier lieu de villégiature. Nous voyageons au son de la Country Music, des Black Eyed Peas et de tubes hispanophones, en admirant les paysages.

Les cinq ouragans qui ont balayé la région deux mois auparavant semblent avoir épargné les Keys. Du coup, je ne peux m’empêcher de penser que ce lieu est béni des Dieux. Merci Éole ! Alors, je repense à ma première impression, en altitude, alors que je me rendais aux Bahamas pour des vacances toutes en couleurs. Les clés du paradis seraient-elles caché ici ?

Soudain, nous pénétrons, comme aspirés, dans Key Largo, l’île la plus au nord et la plus grande de l'archipel. D’immenses pancartes nous souhaitent la bienvenue dans la très sérieuse Conch Republic, indépendante depuis 1982. Les habitants possèdent la double nationalité : conque et américaine. Le nom de cette île vous dit sans doute quelque chose ? Pas étonnant, amis cinéphiles. Rappelez-vous ce somptueux long métrage éponyme, avec, en vedettes Lauren Bacall et Humphrey Bogart affrontant un ouragan dévastateur et le terrible gangster, Edward G. Robinson. Cette Long Key fut renommée « Key Largo » juste après le succès planétaire de ce chef d’œuvre en noir et blanc. Nous roulons sur la US 1, la seule et unique route qui traverse cette étendue jusqu’à Key West, située à
175 kilomètres d’ici.

Mon compagnon, guide en main, me conte l’histoire de cette route mythique. Droite comme un « i », elle prit le tracé de la ligne de chemin de fer qui reliait la Floride à toutes les îles jusqu’à Key West. Détruite par un cyclone en 1926, elle fut remplacée dix ans plus tard par l’Oversas Hwy, devenue l’US 1, aujourd’hui. Ce soir, nous logeons à l’hôtel Sheraton, au Mile Marker 97. Le rôle de mon co-pilote est soudain particulièrement sollicité. Sur les Keys, pas de nom de rue – excepté sur Key West -, pas de panneaux de signalisation ni de croisement non plus : les seuls points de repère sont donnés par des bornes kilométriques (en miles, plus exactement). Nous arrivons à l’hôtel vers 19 heures : il est une heure du matin, heure française. Nous sommes exténués malgré notre sieste dans les nuages. Après le check in, le ventre vide, nous dégustons en duo une délicieuse soupe à la spicy conch, faisant ainsi honneur au royaume qui nous accueille pour le plus beau séjour de notre vie. Puis, dodo bien mérité.

 Jour 2 : Dimanche 7 novembre 2004.
Les îles aux multiples visages.

Au programme de la journée : snorkeling sur Key Largo, émotions et détente sur Islamorada.

Nous nous réveillons à l’aube et en pleine forme. Le soleil est au rendez-vous. Le petit-déjeuner s’annonce gargantuesque : bienvenue aux États-unis.
Nous faisons honneur au buffet de charcuteries, de viennoiseries et de fruits sous prétexte d’affronter dans les meilleures conditions notre première matinée dédiée à la découverte des fonds marins en snorkeling. Nous croisons beaucoup d’américains venus en famille profiter de l’air particulièrement sain de l’île. Nous entamons une balade digestive dans les jardins de l’hôtel et observons un ballet impressionnant d’écureuils en action : certains jouent à saute-mouton, d’autres semblent vouloir pulvériser le record du 100 mètres au sol et les plus sportifs s’échauffent en escaladant les marronniers à la vitesse de l’éclair. Quel spectacle ! À nous d’en faire autant. Comme tout bon américain, nous reprenons notre automobile, direction Key Diver, à deux miles de l’hôtel pour aller explorer la barrière de corail. Masques et tubas sont nos tenues d’apparat et nous passons la matinée la tête sous l’eau à nous émerveiller sur la faune et la flore aquatiques.

Les dauphins ne sont pas très loin paraît-il mais nous n’aurons pas la chance d’en rencontrer ce matin. Nous errons dans un kaléidoscope vertigineux, à la recherche du poisson le plus original. Une famille bleu turquoise à pois jaunes passe sous nos yeux. Plus tard, cinq ou six autres familles aux coloris criards et presque incroyables nous saluent en frétillant de la queue. Nos hôtes sont particulièrement bien élevés et défilent tels des petits rats de l’opéra.

À peine sortis de l’eau, notre estomac crie famine. Ivres de couleurs, nous reprenons l’US 1 à la recherche d’un petit restaurant. Mile Marker 98 : une barraque de pêcheur retient notre attention : le Ballyhoo’s fait salle comble.
Aux murs, la décoration mêle sextants, cartes maritimes, filets de pêche et maquettes de bateaux. Un lieu qui semble inspirer les habitués du dimanche midi. Assoiffés, nous commandons deux sodas gazeux. Le serveur apporte deux bocaux d’un litre en nous précisant : « c’est à volonté ! » Cette précision nous fait sourire : nous nous demandions déjà comment finir nos verres taille XXL.
En accompagnement, j’opte pour un thon cajun, et mon fiancé, pour un hamburger quadri-dimensionnel « maison ». Objectif de l’après-midi : se dépenser pour éliminer les 4500 calories ingurgitées depuis ce matin sous le seul instinct de gourmandise (et non de survie). Nous reprenons la voiture, direction Robbie’s Marina, un lieu conseillé par l’hôtel, une étrange pisciculture.


Ici, des centaines de tarpons se côtoient dans des bassins. Pour quelques dollars, nous attrapons un seau rempli de petits poissons. Le but de la manœuvre étant de donner à manger de main à mâchoire à ces créatures affamées. Dents aiguisées, les tarpons – pour certains longs d’un bon mètre - scrutent d’un œil affûté leur goûter. J’observe mes voisins de galère et suis effrayée par le spectacle : les tarpons sautent en direction du précieux butin, manquant parfois de croquer le bout des doigts des plus téméraires. Je préfère alors lancer à l’eau mes proies et observer de loin le rituel gastronomique de ces hôtes un tantinet voraces. Je questionne un voisin américain, apparemment habitué des lieux, à en croire l’état de ses doigts amochés : « les dents de la mer, ça a bien été tourné en Floride, non ? »
Pour la postérité, j’immortalise sur papier glacé quelques gros plans de mâchoires, à faire froid dans le dos... Ça peut servir… J’aurais toujours l’occasion de raconter comment j’ai échappé aux dents affûtées d’un banc de 150 tarpons alors que je pêchais dans les eaux tranquilles d’Islamorada.

Après ces émotions, nous reprenons la route en direction de notre nouvel hôtel : le Cheeca Lodge & Spa. Bref passage au World Sportsman, Mile Marker 81,5. Ici, le spectacle est beaucoup plus calme et offre un paysage de répliques du bateau d’Hemingway
« The Pillar ». Un avant-goût de notre séjour à Key West, un des pieds à terre du talentueux homme à la barbe blanche. Nous posons nos valises pour une nuit dans un hôtel aux charmes époustouflants, dans l’île réputée pour être la capitale mondiale de la pêche au gros. Rapidement, nous découvrons notre chambre, un luxueux bungalow les pieds dans le sable avec vue sur la mer et petit espace bronzette. Une merveille, équivalente au décor des plus beaux hôtels de l’Île Maurice ou des Maldives. Un plouf dans la piscine s’impose avant d’aller lézarder sur la plage de l’hôtel, artificielle, certes, comme toutes les plages des Keys d’ailleurs, mais particulièrement intimiste et agréable.



La fin de journée se passe ainsi à bouquiner et à se regarder les yeux dans les yeux sous un soleil généreux et caressant la peau d’un joli hâle. Prenant notre courage à deux mains, nous entamons une petite balade en fin de journée. Nous partons observer le coucher du soleil du bout du ponton. Soudain, Éole se lève et dégage instantanément le ciel au-dessus de nos têtes. Dans un impressionnant ballet, les étoiles prennent place une à une stratégiquement et débute un jeu de signaux : la lumière nous éclaire comme en plein jour. Le calme est à son paroxysme. Même la mer semble avoir stoppé ces clapotis pour nous laisser profiter de ce moment unique et presque improbable. Seuls au monde, des éclairs fusent de part et d’autre du ciel. Puis l’obscurité et les vagues reprennent leurs droits, comme si le rideau se baissait. Nous repartons profiter de notre petit palace en faisant défiler les 150 chaînes de TV américaines, dans l’espoir de savoir ce qui se passe dans notre hexagone natal. TV5 n’est pas programmée…

 Alors, nous apprenons dans un « Non, INCROYABLE ! » unanime, que la série Dallas refait parler d'elle. Bobby, Pamela, Sue Ellen, JR, Lucie, et les autres, remettent le couvert en tournant de nouveaux épisodes ! Ça, c’est un scoop ! Nous continuons notre tour d’horizon des chaînes américaines. MTV dédie une émission aux défis gastronomiques les plus fous. À coté, Survivor, c’est de la rigolade. Et pourtant : les filles combattent les garçons sur une plage archi ensoleillée de Malibu. En maillots de bain ultra minis, nos stars post-pubertes du jour, doivent avaler en un temps record du poil à gratter, dix cuillérées d’un audacieux mélange de sauce chili et wasabi, et des petits insectes encore frétillants… Bouhh...

Le cœur retourné, il est l’heure d’aller dîner. Ce soir, nous avons décidé de nous offrir le must de l’hôtel. Nous rejoignons l’Atlantic’s Edge, un luxueux endroit offrant une vue imprenable sur la mer. Les mosquitos sont de sortie alors nous préférons dîner à l’intérieur. Nous zappons immédiatement les images du jeu télévisé pour apprécier, que dis-je, délecter notre repas : l’un des plus inoubliables de notre séjour. Au menu, pinces de crabes en entrée servies telles un bouquet de tulipes dans un vase en cristal, suivi d’un lobster (homard) à la sauce curry, le tout arrosé d’un succulent vin blanc californien. Nous trinquons à notre amour et aux Keys qui nous réservent depuis le début des festivités d’inoubliables surprises. Repos et douce nuit s’en suivent pour nous mener jusqu’au troisième jour de notre séjour.

 

 Jour 3 : lundi 8 novembre 2004.
Bénis des Dieux.

Un lundi riche en émotions : crocodiles et vautours à Lower Keys, et franches parties de rigolade à Key West.

6 heures, le jour se lève tôt et nous avec.
Nous quittons notre chambre pour profiter de la plage encore déserte. Seuls, quelques hérons parfaitement alignés sur le sable scrutent le large. En parfaite normande, je me contente d’une pomme (trois fois plus grosse que celles qui poussent dans mon bocage natal) et de deux verres de lait froid pour le petit-déjeuner. Un retour aux sources et à la nature très apprécié, l’océan en plus…

Ici, le temps passe moins vite : un délirant constat ? Non, une certitude : tous les habitants d’Islamorada vous le diront ! Nous quittons l’hôtel sous un soleil de plomb. Direction Lower Keys. Nous avons rendez-vous avec un passionné de faune et de flore pour une excursion en kayak. Arrivée au spot de Big Pine Key.

Au programme : deux heures de sport dans une nature préservée. Tartinés de crème solaire et « casquettés » à l’américaine, nous pagayons en direction de la mangrove. Les obstacles sont nombreux. Nous tentons par endroits de nous frayer un chemin sans altérer feuilles et troncs archi protégés. Refuge ornithologique hors pair, nous croisons des cormorans, des pélicans et des dizaines d’espèces "oisives" sages comme des images ou particulièrement dissipées, battant outrageusement de l’aile.
Soudain, je suis interpellée par des cris lointains de rapaces dessinant des ronds au-dessus de nos têtes. J’espère que l’odeur du homard dégusté au dîner hier soir ne troublera pas leurs narines, même en altitude. Pour dissiper mes esprits, Bill, le guide m’annonce qu’il vaut mieux me concentrer sur ma gestuelle qu’à ce qui se passe en altitude. Les alligators ne sont pas très loin, me prévient-il, avec un tel flegme que je crus à une mauvaise blague. Sauf que je me souviens avoir signé une décharge mentionnant le terme d’ « alligator ».

Pendant que mon fiancé pagaie de toutes ses forces, je braque mon objectif, à l’affût de la moindre mâchoire particulièrement rugueuse et longiligne. Concentration optimale, j’en perds même mon latin en manquant de retourner notre embarcation sous le passage d’une anguille trois fois plus longue qu’en France : j’ai cru avoir croisé un python particulièrement agile dans l’eau. Difficile de contenir mes émotions et mon angoisse croissantes. Mon fiancé me traite abusivement de poule mouillée. Notre kayak arrive au niveau d’un goulet d’étranglement. J’observe bouche bée une famille d’américains les pieds dans l’eau tirant tranquillement leur embarcation jusqu’à une zone plus spacieuse… Je suis paralysée au moment où c’est à mon tour de mettre les pieds dans l’eau. Je supplie Dieu de ne pas me mettre en situation critique. Une curieuse idée me traverse alors l’esprit : je préfèrerais presque être entourée de tarpons affamés plutôt que de traverser cette jungle en pensant être poursuivie par une horde de crocodiles. Plus de peur que de mal finalement, les bébêtes n’ont pas daigné montrer la moindre narine de toute l'excursion. Pour soulager mon fiancé, et en remerciant le ciel de la Conch Republic, je décide de prendre la conduite de notre kayak bi-place en main.

 


Habituée aux balades en kayak sur eaux calmes, je tente de montrer à mes compagnons d’infortune de quel bois se chauffe une normande athlétique et dont l’hygiène de vie -hors vacances- se résume à manger 10 fruits et légumes par jour… Et toc : qui a parlé de poule mouillée ? Mon ami, l’objectif braqué sur une nature de toute beauté, me demande même à plusieurs reprises de réduire la cadence.

De retour sur terre, je me félicite de mon courage décuplé en regrettant nonchalamment de ne pas avoir croisé ces chères têtes vertes. Quelle matinée tout de même ! Quand je vais raconter que j’ai joué les Indiana Jones en luttant contre les vautours et les crocodiles, armée d’une simple pagaie… on ne va pas me croire.

Nous reprenons la route vers Key West, l’île du bout de l’île… La pause déjeuner se déroule au Parrotdise Bar & Grill, MM 28,5, au bord de l’eau. Les émotions, ça creuse ! Les parts sur-dimensionnelles des assiettes ne me surprennent plus. J’ai une faim de crocodile ce midi. Au menu : encornets farcis et sushis maison au sésame, ponctués de glace au lait (six boules pour deux parfums ! Nous reprenons la route, étonnés de longer par endroits des tronçons de la ligne de chemin de fer encore intacts, après les ravages du cyclone de 1926.
 



Vers 16 heures, nous découvrons notre nouvel hôtel pour deux nuits. Key West dégage une tout autre atmosphère. Plus citadine et plus atypique, elle nous interpelle par ses maisons victoriennes, ses églises coloniales et ses hôpitaux pour chats. Nous déposons rapidement nos bagages au Southernmost Hotel, puis partons à la découverte de cette île secrète, longtemps habitée par le talentueux Ernest Hemingway. Aujourd’hui, les gays, les artistes et les écrivains y ont élu domicile.

Période post-électorale oblige, les voitures, jardins et clôtures affichent toutes opinions politiques. Kerry ou Bush, le suspens n’était déjà plus mais la surprise est de taille pour de pudiques frenchys comme nous ! Nous n’en sommes pas au bout… de nos surprises justement !

Cette escale mérite bien deux journées de découverte. Nous reprenons l’automobile en direction de Mallory Square sur le port pour observer un coucher du soleil inoubliable. L’avenue y menant regorge de cafés, de boutiques et d’échoppes, dont l’architecture hésite entre passé authentique et modernisme volontairement « gest housisé » … Chaque soir, sur le port, au moment où le soleil rejoint l’horizon, les marginaux font part de leurs talents d’acrobates, de déguiseurs de chiens ou de chats, de cracheurs de feu… dans un spectacle étourdissant et bon enfant. La « Sunset Celebration » ne connaît pas de vacances : la foule est présente ici tous les soirs.

Au loin, les paquebots en escale dans le port font forte impression, les propriétaires des yachts commencent à recevoir des invités pour une soirée chic et discrète.

Le soleil se couche et l’île semble subitement se réveiller dans une ambiance parfaitement secure
. Âmes sensibles s’abstenir : les masques tombent. Certains hommes deviennent femmes, les bikers et les gays bodybuildés sont de sortie... Les cafés et restaurants font salles et terrasses combles. L’ambiance est festive et le restera toute la nuit. Key West est ainsi faite, puritaine et libérée, bénéficiant de sa proximité festive à Cuba, distante de seulement 90 miles. La musique coule à flot : harmonica, guitare, country, rock tendre ou déjanté, ambiance cabaret ou piano bar, il y en a pour tous les goûts. À l’heure de l’apéritif, nous faisons connaissance avec nos voisins de table : quatre gaillards à chemises à fleurs, chacun affichant le gabarit de Swartzy. Trinquant à la Bud®, ils nous invitent à regarder les photos sur lesquelles ils sont penchés depuis dix bonnes minutes, clichés pris ici même il y a tout juste une semaine lors de la Fantasy Fest. A l’occasion du défilé, Duval Street se transforme en rue pour nudistes peinturlurés des pieds à la tête. Nus comme des vers (sous 30° C quand même), les habitants et vacanciers venus pour l’occasion exhibent chaque année à la même époque leur anatomie colorée avec goût.

Cette île semble receler d’innombrables curiosités… Nous partons dîner en amoureux en donnant rendez-vous à nos quatre nouveaux amis pour la deuxième partie de soirée. Chez Nicolas, restaurant dépendant du superbe hôtel Hyatt Sunset Harbor sur Sunset Lane, est notre escale pour le dîner. Nous partageons une succulente paella, garnie de poissons locaux, et ponctuée ça et là de homard, de crabe, de conch chowder et de crustacés à se damner. La soirée se poursuit de bars en bars, tout au long de Duval Street, toute tendance confondue. Il faut forcément jouer le jeu quand on vient à Key West. Retour à l’hôtel pour un repos bien mérité.


 

 Jour 4 : mardi 9 novembre 2004.
Key West, côté culture.

Key West, toujours et encore. Sur les traces d'Hemingway, de Harry Truman et croisière pour observer le Sunset.

Petit-déjeuner prévu au Blue Heaven, dans le quartier à la mode surnommé Bahama Village. Ambiance baba… « Prenez place sur la terrasse !», nous invitent les jeunes propriétaires… Nous nous installons à l’une des tables posées au milieu des coqs et des poules, évoluant en parfaite liberté.

Guides en main, nous apprenons que le lieu est un ancien bordel où Ernest Hemingway aimait se rendre. Tiens donc !
Aujourd’hui, l’endroit ressemble à une galerie d’art à ciel ouvert. Les jeunes artistes locaux y exposent sur des murs leurs toiles ou leurs œuvres, des plus strictes aux plus exubérantes. La nourriture est délicieuse et copieuse… Waffles et pancakes superposés, menacent de s’écrouler. Nous profitons de ce moment et du soleil pour organiser notre programme du jour.

Nous débutons cette journée par un tour de l’île en trolley avec une dizaine de couples sexagénaires et une guide nous contant toutes les subtilités de Key West. Instructif mais passage en revue en total contradiction avec les lieux visités la veille au soir. Nous découvrons une île calme et sans excès,… Incroyable ! Puis, nous enfourchons deux bicyclettes. Direction Hemingway Home and Museum. Le sosie du maître nous accueille et fait sensation en arborant une chemise à palmiers et une longue barbe grisonnante. Pipe à la bouche, il nous baragouine un « Bienvenue chez Hemingway », maison dans laquelle il vécut de 1931 à 1940 environ. C’est ici qu’il écrivit trois de ses plus beaux chefs d’œuvre : les Neiges du Kilimandjaro, Pour qui sonne le glas et l’Adieu aux armes. Nous visitons tour à tour les pièces de la maison : le salon, la salle à manger, la cuisine, la chambre à coucher,… dans lesquelles reposent tableaux, photos, coupures de presse, meubles et objets de décoration fabuleux. Nous longeons le bureau du maître, intact avec la table sur laquelle sont posés sa vieille machine à écrire et ses ouvrages préférés.


 


Une ambiance particulière émane de cette maison, bourrée à craquer de touristes allemands et américains. Passage en revue du jardin dans lequel nous rencontrons les descendants des 60 chats à six griffes d’Hemingway : ils sont toujours 60 et possèdent, pour la moitié d’entre eux, cette même particularité physique. Tous les félins portent le nom de personnages célèbres. J’ai la chance de croiser Hillary Clinton et même Ava Gardner… Non loin de là, le phare de Key West haut de 80 mètres nous fait de l’œil. Nous le gravissons pour profiter du point de vue incroyable et immortaliser un baiser en apesanteur.

La journée se déroule ainsi, à découvrir les lieux les plus prestigieux de l’île. Nous nous rendons alors dans la Harry Truman Little White House, la demeure de l’ancien Président des États-Unis : impressionnante table de poker !

Nous déjeunons au Sands Beach Club, les pieds dans le sable d’une plage artificielle, à quelques centimètres du point O, la borne kilométrique marquant le début des États-unis. Puis, au hasard, nous entrons dans le musée aux papillons (Key West Butterfly & Nature Conservatory), au Mel Fisher Maritime Museum, plus en retrait où nous découvrons ébahis les trésors repêchés par ce spécialiste en la matière. Nous terminons notre balade culturelle par le Key West Museum of Art and History qui résume en tableaux et en photos parfaitement bien l’histoire de l’île. Un peu de shopping et d’achats de souvenirs aussi...

En fin d’après-midi, nous rejoignons le port pour une croisière en mer à bord d’un catamaran. Le champagne coule à flot en attendant que le soleil se couche. Un moment particulièrement agréable mais très bruyant. Revenus sur terre, nous décidons d’aller dîner au Mangoes sur Duval Street. Là encore, le repas est succulent : plateau de fruits de mer, thon grillé et assaisonné à la perfection. Nous terminons la soirée dans un café non loin de l’hôtel et nous couchons tôt, la bicyclette et la croisière de fin de journée nous ayant exténué.

 

 Jour 5 : Mercredi 10 novembre 2004,
Marathon, l'île chic et charme.

Retour au calme sur l'île de... Marathon. Émotions autour des dauphins.

 Petit-déjeuner au Banana Café, un lieu tenu par deux français, réputé pour sa cuisine du terroir. Le soir, magret de canard et carré d’agneau au foie gras, sont proposés. Mais pour l’heure, nous apprécions nos quatre toasts français, servis avec beurre, confitures et croissants… Un délice.

Nous quittons l’hôtel peu de temps après avoir posé pour la postérité et le souvenir devant la borne kilométrique 0. Key West nous aura réservé quelques émotions et surprises inoubliables.

Nous reprenons la route pour notre avant-dernière journée dans les Keys. Direction Marathon via la US 1. Nous retraversons les ponts empruntés à l’aller, toujours aussi impressionnants – on en recense pas moins de 42 sur l’ensemble des
Keys
-. Nous déjeunons au Key Fisheries, un snack typique et décontracté de Marathon. Les plats varient selon la pêche du jour mais le crabe, la conque et les crevettes sont ici rois.

Gary, le propriétaire des lieux nous indique qu’il pêche le crabe avec des pierres, une technique vieille comme le monde qui protège la chaire et la rend plus moelleuse. Je me régale de beignets de crabe, et de conques frites. Mon ami se délecte en goûtant à la recette phare des lieux : le Crab Alfredo accompagné de linguni. Une anecdote : les mouettes tournent étonnamment au-dessus de lui et laissent échapper deux petites crottes. Gary accourre en précisant : « That carries happiness ! » (Ça porte bonheur !).

Je reprends le volant vers notre nouvel hôtel : le Hawk’s Cay Resort, situé au MM61, un immense complexe dans lequel circulent des voiturettes de golf. Golf 18 trous, courts de tennis, spa et bassin de dauphins… sont autant d’activités intéressantes à découvrir, à condition d’y résider pendant quelques jours. Nous logeons dans la villa numéro 2016, une magnifique maisonnette victorienne sur deux étages. La décoration y est anglaise et sophistiquée : le bonheur pour des vacances en famille. Nous passons l’après-midi autour du dolphinarium, une réserve marine à jouer les Sandy et Bud, héros de la série Flipper the dolphin. L’émotion est à son comble… Nous profitons de notre demeure le reste de l’après-midi et vadrouillons de la terrasse aux pelouses et du salon au bord de mer. Dernier dîner romantique et gastronomique dans les Keys, au Porto Cayo. Les bougies sont de sortie et les plats se succèdent dans un élan de gourmandise absolue. Autre anecdote : avant de nous servir le vin commandé, la serveuse nous réclame nos papiers d’identité. En six jours de vacances, notre cure de jouvence est telle que nous avions rajeuni de 10 ans.

 

 Jour 6 : Retour à la civilisation
Départ pour Miami.


Rencontre d'amoureux de la France et départ pour Miami pour une semaine de vacances supplémentaire.

Le cœur serré, nous reprenons la route vers Miami pour une seconde semaine de vacances, beaucoup plus citadine. En repassant par Key Largo, nous stoppons notre auto au Kona Kai Resort & Gallery, MM 97.8. Ce petit hôtel nous avait été conseillé par l’office du tourisme des Keys comme l’une des curiosités de l’île. Les propriétaires, Joe et Ronnie Harris sont des amoureux de la France et des français. Alors, nous décidons de leur rendre visite et de partager un déjeuner avec eux. Le buffet de salades et de glaces est délicieux. Nous profitons du ponton, face à la mer, en ramassant quelques galets. Et puis retour à la civilisation, le cœur serré et la tête étourdie par les souvenirs qui s’entrechoquent.

Ce séjour n’a rien de commun. Un tel voyage de noces mérite toutes les attentions. Une semaine plus tard, nous demeurons nostalgiques en survolant les Keys éclairées comme en plein jour. De nombreux couples semblent se demander ce qui s’y trame. Le piège se referme... les esprits sont déjà conquis.

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