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i-mariage : Méconnue en France, comment pourriez-vous qualifier la musique bahaméenne ?
Diana Hamilton :
tout le monde connaît la musique cubaine, apprécie la musique mexicaine ou chantonne les célèbres morceaux made in Jamaïca. On connaît beaucoup moins celle des Bahamas. Je vis en France depuis longtemps et la vision des 700 îles des Bahamas se réduit à des images minimalistes : un paradis fiscal, une performante équipe d'athlètes de relais et un réel intérêt touristique. Certes. Mais, où se situe la musique dans tout cela ? Aux Bahamas, elle est présente partout et rythme tous les événements de la vie. Joseph Spence est l'idole de tous et a bercé mon enfance. Les rythming spirituals sont la base du chant religieux et du gospel. Ils associent joie, force de vie et paix en s'inscrivant dans une logique de réconciliation du sacré et du profane.

i-m : Sur quelle île avez-vous grandi ?
D.H : Je suis née à Nassau, la capitale. Mais mon âme a grandi sur l'île de San Salvador d'où descendent mes ancêtres, avec mon oncle Jacob. Considéré comme la star de l'île, il détenait tout le cheptel de vaches et de taureaux. Jacob avait un frère jumeau, Isaac, comme dans la bible. Des noms prédestinés à une vie pas comme les autres. La légende dit qu'il a sauvé beaucoup de gens de la faim en partageant tout ce qu'il avait. Je suis fière de lui. Petite, je vivais dans un paradis pour d'enfants. J'en détenais tous les ingrédients, préservée du monde libre des adultes. Au programme de la journée : école, promenades, cinéma le dimanche après l'église, jeux sur la plage, transmission et lecture de contes en famille, avant d'aller dormir. Mes souvenirs sont quasi intacts, les décors ressemblent à ceux de cartes postales. Aujourd'hui encore, j'ai souvent des flashs sur les pêcheurs de lambis, sur les femmes faisant la cuisine, sur les gens se soignant grâce aux plantes…, des scènes de vie, aussi douces qu'agréables à vivre. Tout le monde avait choisi de vivre en paix et en harmonie. J'ai grandi sans avoir le complexe d'être noire. Le racisme n'existe pas dans le monde des enfants. Les femmes sont très fortes, qu'elles soient mères après un mariage officialisé ou simplement par les seuls liens du cœur, cela ne choque personne. Le concept demi-frères et demi-sœurs n'existe pas. On est frère et sœur, un point c'est tout. Le sexe est naturel sans être tabou. Une autre culture… A 13 ans, je suis retournée à Nassau pour rejoindre ma mère. Mes souvenirs sont concentrés sur trois moments importants qui rythmaient la vie de l'île. Le Junkanoo, notre carnaval qui a lieu à Noël, l'arrivée du mail boat, débarquant courrier et gens. Tout le monde accourait vers le port. La vie en général était régie par le soutien, le partage et le respect de son prochain. La mort de nos aînés était vécue comme une renaissance et non comme un traumatisme. Autre joie : l'école élémentaire où, tous d'âges différents, nous passions nos journées à apprendre en chantant.

i-m : Quel lieu symbolise le plus les Bahamas pour vous ?
D.H.  :
Chaque île est unique et le tout forme un ensemble éblouissant mais j'ajouterai de façon plus spirituelle, le cœur des bahaméens. De ce cœur unique au monde, naissent des personnalités extraordinaires, une joie et une paix profondes, des chants symboliques dans un pays qui ressemble au paradis. Mon eldorado, c'est ici ! Tout le monde a le droit d'être ce qu'il est, aussi discret ou exubérant qu'il puisse être. Je me souviens d'un personnage à part qui s'appelait Queen Nottage, une femme qui s'habillait tous les dimanches en reine, avec tous les apparats de circonstance. Même le jour où la Reine d'Angleterre est venue sur l'île, cette femme n'a pas eu froid aux yeux. Elle a conservé ses habits de lumière et sa couronne. Personne ne l'a jugée.

i-m : Dans le cadre d'un voyage de noces, quel serait pour vous l'itinéraire ou l'île incontournable ?
D.H :
cela dépend des goûts et des envies de chacun. Trois cas de figure se présentent. Vous préférez la foule, ou vous recherchez l'authenticité et le naturel ou encore vous souhaitez aller à la rencontre d'une culture hors du commun. En fonction de ces éléments, vous n'irez pas au même endroit. Les premiers préfèreront New Providence, Grand Bahama, Paradise Island... Les deuxièmes trouveront le repos mérité à Eleuthera, les Exumas, Inagua le sanctuaire des flamants roses… Les derniers découvriront l'originalité de la musique bahaméenne à Cat Island, Andros… Enfin, partout où vous le souhaitez, arrêtez-vous, discutez et appréciez les musiques, les personnalités et écoutez la spiritualité au détour d'une église…

i-m : A Bahamian in Paris, le reflet d'une vie, d'une personnalité ?
D.H : j'ai écrit la majorité des paroles et musiques, et co-écrit d'autres titres avec l'aide généreuse d'Eric Henri-Gréard, l'inspiration de Patrick Rouchon et la contribution précieuse de Florian Lacour pour les textes en français. Il s'agit d'un voyage, une première visite sonore aux Bahamas avec des mots évocateurs. Cet album s'adresse à tous. Il est impersonnel et pourtant si personnel. Un ami et artiste bahaméen m'a aidé sur un texte, rédigé dans le livret du cd. Il s'agit de Jackson Burnside, un architecte renommé qui construit actuellement la maison de Lenny Kravitz dans les Exumas. Il possède un lieu culturel extraordinaire qu'il a crée à Nassau, appelé Doongalik et déploie une énergie sans précédent pour préserver et valoriser la culture bahaméenne. Cet album relate ma façon de papillonner entre rythmes et mots, comme dans la vie. Ma personnalité est ici retranscrite mais de façon éphémère, comme l'est mon passage à Paris et par extension, mon passage sur terre. Logiquement et paradoxalement, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas, ponctués harmonieusement de basse, de saxo, d'accordéon, de batterie et de voix qui sont chères à mon coeur. Lors de mon dernier concert, une soirée hommage, j'ai eu la chair de poule quand l'invité, le génial saxophoniste de jazz Archie Shepp m'a fait l'immense honneur de m'accompagner au chant.

i-m : Que symbolise pour vous cet album ?
D.H : Pour ma part, je viens d'atteindre l'âge de la maturité. Le chant est la seule façon que j'ai de me manifester telle que je suis. Les complexes s'envolent comme par enchantement. Mon prochain album viendra du ventre, je le sais déjà.

 

 

 

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