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VOYAGE DE NOCES EN THAÏLANDE.

Lost in Thaïland...

Fin février 2005, l’envie de dépaysement et d’humanité se fait pressante.
Pour pousser l’exotisme à son paroxysme, nous décidons de quitter Paris, direction la Thaïlande, à près de 10000 kilomètres d’ici. Au programme, un pèlerinage amoureux à Bangkok, à la fois cité des anges et ville de toutes les démesures. Puis, passage obligé par Chiang Mai, la « rose du Nord » comme on l’appelle, nichée en plein pays Lan-Na. Son cadre et son histoire encore méconnus en France méritent pourtant un détour culturel de plusieurs jours. Un séjour vécu loin des sentiers battus, loin des plages du sud du pays. Les passionnés d’histoire et d’aventure seront servis. Suivez les guides.

Préambule : Entre neige et canicule.
Jour 1 : One day et one night in Bangkok.
Jour 2: Pleins phare sur le pays Lan-Na.
Jour 3 : Espace détente.
Jours 4 à 6: Opération Indiana Jones.
Jour 7: Shopping et visites.
Jour 8: Farnienter sans complexe.
Informations pratiques.
Partir avec la Thai Airways.
Les forfaits Voyages.
Le regard de Franck Chauvery,
auteur du Petit Futé Thaïlande 2004/2005.

 

Jour 1

Jour 2

Jour 3

Jours 4 à 6

Jour 7

Jour 8

Le regard de...
 

 Préambule : Jeudi 24 février 2005.
Entre neige et canicule.

Paris est paralysée par les aléas d’une météo de saison. La neige recouvre d’un voile blanc toutes les routes et le décollage de notre avion demeure encore incertain. Valises et sacs de voyage regorgeant de tee-shirts et de vêtements légers, nous réussissons à harponner, porte de Vincennes, un taxi libre, denrée rare en ces temps de blancheur immaculée.

Le chauffeur nous précise que nous arriverons à bon aéro-port (Roissy Charles de Gaulle) dans une heure environ. La neige, les embouteillages sur le périphérique, les inconsciences des deux roues qui abandonnent de désespoir leur engin sur les trottoirs, sont les sujets de conversation imposés par notre hôte, d’un genre plutôt très bavard. Pour nous, confortablement installés à l’arrière de l’auto, le temps est déjà au soleil et à la chaleur. C’est ce qu’annoncent les prévisions à 10 jours de Yahoo ! météo, consultées hier. 37° C et plein soleil à Chiang Mai, on ose à peine y croire. La tête pleine des lamentations de notre chauffeur, nous sommes heureux de quitter le véhicule.

Le vol TG 931 de la compagnie à l’orchidée, Thaï Airways, à destination de Bangkok est maintenu à 13h50. Nous voilà soulagés. L’embarquement ne tarde pas. Les hôtesses, habillées en tenues traditionnelles colorées nous saluent à la thaïlandaise, les deux mains jointes comme pour prier. Le « wai » s’accompagne de bonjours en thaïlandais : « sawatdî Khaa » et « sawatdî Kharap ». Nous répondons en répétant le geste assez maladroitement.

Nous prenons place en Royal Executive Class – le petit plaisir que nous nous étions offert en réservant le voyage- dans la zone avant du Bœing, située à l’étage. Le champagne fait son arrivée avant même nos premiers mètres sur la piste. Nous trinquons à ce voyage qui s’annonce d’ores et déjà inoubliable.

Décollage parfait : adieu la neige, bonjour l’Asie.
Il est seulement 14h30 heures lorsqu’on nous propose un petit apéritif avant de servir le dîner ! Il faut déjà se mettre à l’heure thaïlandaise : nous vieillissons brusquement de six heures. Dans trois heures, tout au plus, il faudra dormir à point fermé pour appréhender la journée de demain sous les meilleurs auspices. Les yeux écarquillés et le nez en alerte, nous faisons honneur au délicieux dîner proposé par la compagnie. Des spécialités thaïes qui nous réconcilient avec la gastronomie en vol. Imaginez plutôt : brochettes de crevettes au satay et raviolis vapeur en entrée, poulet mijoté au curry vert, aubergines thaïes et nouilles sautées en plat, ananas à la thaï en dessert. Ces délices s’accompagnent de vins rouges français. Je consacre quelques minutes à la lecture de mon hebdo-potins, avant de tomber dans les bras de Bouddha pour une longue sieste. Les lumières s’éteignent petit à petit. Une nuit douce et confortable s'annonce. Mes rêves se déroulent dans une langue jusqu’à alors inconnue. Mon esprit serait-il déjà arrivé à destination ?

 Jour 1 : Vendredi 25 février 2005.
One day and one night in Bangkok.

Il est 6h05 lorsque nous atterrissons sur le tarmac de l’aéroport de Bangkok. La chaleur, encore supportable nous accueille en plein jour. Étourdis par le décalage horaire, nous passons la douane sans encombre, dans un anglais so perfect.

Les français sont nombreux à s’être donné rendez-vous dans le sud balnéaire du pays, celui-là même qui fut meurtri par le tsunami, il y a tout juste deux mois.

Nous avions volontairement décidé de consacrer une journée à la découverte de Bangkok avant de reprendre l’avion demain à la première heure pour Chiang Mai. Le célèbre opus made in Murray Head One night in Bangkok investit instantanément mon cerveau pour ne plus me quitter de tout le séjour. Pas désagréable mais un peu rengaine pour mon ami qui a du subir l’unique et même refrain sept jours durant.


Nous logeons à l’Amari Hotel, attenant à l’aéroport, choisi pour son côté pratique et luxueux. Nous découvrons notre chambre tout confort et investissons illico la douche. Il est huit heures du matin lorsque nous quittons fraîchement apprêtés notre petit cocon.

Direction les profondeurs de la ville. L’hôtel possède un système de navette automobile qui mène ceux qui le souhaitent dans le centre-ville, distant de 25 kilomètres. Une camionnette confortable et climatisée nous mène tant bien que mal dans le quartier du Pratunam Market, lieu où se situe le second mastodonte de la chaîne hôtelière. Les embouteillages sont tels qu’une fumée épaisse semble stagner à seulement un mètre du sol. Impossible de déceler la couleur du ciel ce matin. Une heure plus tard, équipés tels de parfaits touristes, nous quittons le véhicule protégé de la pollution et de la chaleur en nous assurant des horaires de retour du soir. Ouahou ! Lâchés en pleine ville, nous ne tardons pas à suffoquer. Mais comment font tous ces gens pour respirer normalement ? Nous commençons par décortiquer le plan de la ville et programmons un itinéraire chronologique. Nous dépensons nos premier baths en bouteilles d’eau et en ravitaillements énergétiques. Ici, pas de chocolat – comment vais-je tenir sans ma dose quotidienne de cacao ? – mais des beignets à la banane imbibés d’huile et des graines d’oiseaux à picorer. C’est ça aussi le dépaysement…

Nous débutons notre visite par le marché aux vêtements et aux objets de décoration. Les étales jouxtent la voie routière. La chaleur et les odeurs fortes rendent la respiration un peu compliquée. Opération sauna quasi intenable, nous décidons de partir à la découverte des temples les plus célèbres de la cité thaïe.  




Recherche expressément cité des anges et surtout … anges gardiens.

« Bienvenue dans la cité des anges », nous avait-on chuchoté en descendant de l’avion… Mais où donc se cachent ces anges qui rendraient la ville si paisible ? Nous ne devons pas nous situer dans le bon quartier. À nous de découvrir toutes les subtilités et les secrets de ce message intriguant.

Direction le Wat Pho, le plus vieux et le plus grand temple de Bangkok. Nous happons un taxi. La course nous coûte 50 baths, une pacotille (un peu plus d’un euro) pour stagner durant 35 minutes dans les embouteillages. Nous choisissons alors d’emprunter le mode de transport local : le tuk-tuk.
Peu confortable, cette mobylette à trois roues possède une banquette arrière pour anorexiques ou mini pouces. Contorsion obligatoire ! Notre chauffeur – ou pilote (le terme est plus approprié) – nous demande 20 baths pour nous mener en quinze minutes chrono sur notre lieu de visite. Incrédules, nous faisons un signe de la tête, pour ne pas l’offenser.

Tout moteur en alerte, nous voici embarqués et malmenés à la vitesse de l’éclair dans les rues de Bangkok, slalomant miraculeusement entre bus, automobiles, camions et deux roues. Menaçant de se retourner à tout moment, notre embarcation réussit à tenir debout, nos nez incessamment placés à quelques centimètres des pots d’échappement. Les yeux rivés sur mon guide de tourisme, au bord de l’asphyxie, je manque de m’évanouir en lisant une information capitale : « une demi-heure passée dans un touk-touk réduit l’espérance de vie d’une année ». Au secours ! « Paris, à côté, c’est les deux Alpes », lance mon ami.

Quelques haut-le-cœur plus tard et amputés de six mois de vie, nous débarquons sur une charmante esplanade, très différente de l’architecture observée en traversant la ville. Ici, c’est grand luxe. On se croirait aux Invalides, à Paris. Le temple Wat Pho date du 16ème siècle et abrite le célèbre bouddha couché, impressionnant par ses 46 mètres de long. À peine entrés, le silence s’installe instantanément : le recueillement et le calme ont étouffé les nuisances sonores de l’extérieur.

Presque tous nos sens sont sollicités : l’ouie, la vue, le toucher et même l’odorat, sensibilisé par les fumées d’encens religieux. Sous un soleil de plomb, nous passons en revue, émerveillés et appareil photos surexploité, les centaines de bouddhas clonés, toutes les structures pointues et décorées avec goût (les chedis), et les céramiques parfaitement conservées. Nous ressortons des lieux, étourdis et hébétés.

Le nez planté dans notre plan de ville, un homme en costume, sorti d’on ne sait où nous propose, sourire aux lèvres de nous appeler un tuk-tuk. Destination : le grand bouddha, à quelques mètres d’ici. Crédules, nous empruntons l’engin pour une seconde balade à vitesse maximale dans les rues de Bangkok. Le paysage change radicalement. Les rues pavées font place à des ruelles et immeubles piquant du nez. Les chiens errants, toutes canines dehors, semblent avoir élu domicile aux quatre coins des rues. Ils n’ont pas l’air en super forme, mieux vaut ne pas les approcher. J’interroge gentiment mon hôte sur notre lieu d’arrivée. Feignant de ne pas comprendre, il ne me répond pas. Nous arrivons devant un immense Bouddha, soulagés. Notre chauffeur nous attend pour nous mener dans un lieu « exceptional ! ».

Inutile de riposter, nous prions Bouddha, le maître des lieux de ne pas être réquisitionnés pour l’embuscade de l’année. Deux minutes plus tard, nous voici propulsés dans un centre pour millionnaires en quête de diamants et de pierres précieuses. L’embuscade, néanmoins bon enfant, est bourrée de touristes qui, comme nous, se sont fait embarqués ici pour dépenser en trois secondes tous leurs baths. Rapide tour d’horizon pour ne pas trop énerver notre chauffeur et retour négocié à la civilisation en tuk-tuk.



Insatiable ivresse.

Nous quittons notre chauffeur, direction le Grand Palais Royal et le Wat Phra Kaeo
, autres curiosités majeures de la ville ancienne. 200 baths plus tard et tenue correcte exigée, sinon on ne passe pas, nous entrons dans un lieu envoûtant. Pèlerins, moines et touristes s’y côtoient sans se parler. Le temple au Bouddha d’émeraude présente une statuette de 66 cm de haut, toute en jade. C’est la plus vénérée de Thaïlande. Place à la grandeur : tout l’espace possède kyrielle de statues, sculptures, fresques, bas-reliefs et temples… On ne sait plus où donner de la tête. Des couleurs saisissantes, des émotions fortes, qui nous font passer trois heures inoubliables dans une enceinte certes un peu surfaite mais tellement dépaysante. Notre appareil photos a manqué l’arrêt cardiaque. Plan de la ville en main, je suggère de rejoindre le nord de la ville et le Wat Benchama Bophit, le temple de marbre.

En empruntant les navettes sur l’eau, via le fleuve et les canaux, nous y serons dans quelques minutes. Là encore, Bouddha semble nous protéger. Nous empruntons l’une de ces petites barques en bois pour éviter une énième fois les embouteillages. Nous suivons le mouvement de foule : chacun saute puis prend place, manquant à chaque fois de retourner l’embarcation. Nous nous asseyons parmi une foule qui offre une version golden boy des boat people. Les moteurs sont lancés dans une épaisse fumée noire, les toiles étanches dressées pour retenir les éclaboussures, sauf vers nous. Nous remontons le fleuve à vive allure sans vraiment avoir le temps de noter le nom des arrêts rédigés en thaïlandais. Mon intuition féminine est la bonne. Après un changement au Wat Thewarat Kunchon, nous débarquons sains et saufs non loin du Wat Benchama, rincés. Cet audacieux périple valait néanmoins le coup. Construit en 1899, l’ensemble est tout de marbre de Carrare vêtu. Il impressionne par une architecture moderne mêlant art thaï et européen. Un ensemble qui présente un sanctuaire religieux colossal, un cloître aux 56 représentations de Bouddha présentées dans différentes positions, et une immense promenade bordée de banians, les arbres symboles de Bouddha. Nous sommes éreintés par cette journée trépidante. Pas le temps de rêvasser. Il nous faut retourner sur le lieu de la navette pour le retour, prévu dans vingt minutes. Une partie de tuk-tuk s’impose, alors que la nuit tombe sur la ville tentaculaire qui ne semble pas vouloir s’assoupir. Tant pis pour l’année de vie perdue…

Le chauffeur nous promet de nous mener en 15 minutes sur notre lieu de rendez-vous. Record battu malgré le flot d’automobiles : 10 minutes plus tard, nous sommes au point de rendez-vous. Ça valait bien un petit pourboire. Quelle journée ! Direction l’hôtel. Quittons la jungle pour retrouver le calme de notre nid douillet. La douche, pire que la faim, presse. Mon épiderme de normande semble avoir absorbé davantage de particules polluantes que celui de mon ami. Pas juste ! Pour la postérité, une photo s’impose.

À
l’heure du dîner, nous rejoignons exténués et encore chamboulés par une journée digne d’un épisode d’Indiana Jones, l’un des restaurants de spécialités thaïes de l’hôtel : le Kinaree. Quel délice ! Les plats se succèdent dans un mouvement ordonné et savoureux. Le calme après la tempête... Un cake au poulet et aux épices thaïlandaises en entrée, suivi d’un assortiment de crustacés épicés servis avec un riz blanc et des légumes parfumés. Le bonheur à l’état pur. Nous terminons la soirée au lounge de l’hôtel et faisons la connaissance de deux canadiens d’une trentaine d’années. Venus ici pour affaires, ils ont eu l’occasion de visiter Bangkok dans une version plus détendue que la nôtre. Auraient-ils eu la chance de rencontrer les anges ? Avec nous, Bouddha a plutôt joué les anges gardiens. Nous partons nous reposer car nous quittons Bangkok demain matin à la première heure. Mais décalage horaire oblige et excitation de la journée non dissimulée, nous n’arrivons pas à fermer l’œil de la nuit. Demain va être dur !


 Jour 2 : Plein phare sur le pays Lan-Na.
Arrivée à Chiang Mai.

8h15 : après un copieux petit-déjeuner thaïlandais, nous prenons place sur le vol intérieur n°TG102 de la compagnie Thaï Airways.  700 kilomètres plus loin et une heure plus tard, nous débarquons à Chiang Mai, la deuxième ville du pays.

Ici, le paysage diffère : les gratte-ciel ont laissé place aux montagnes en arrière-plan, camouflées derrière la brume. Notre navette nous mène à l’hôtel. L’Impérial Mae Ping, notre pied à terre pour deux nuits se situe en plein centre-ville. Le chauffeur nous précise les atouts de sa situation : proche des commerces, des temples et du night bazaar, le marché de nuit. Classé parmi les hôtels dits de grand luxe, la convivialité est pourtant l’atout que nous remarquons aussitôt. Nous prenons possession de notre chambre puis partons immédiatement à la découverte de la ville. Pas une minute à perdre malgré notre nuit blanche.

À première vue, la ville n’a rien de comparable avec la tonitruante Bangkok. Chiang Mai, beaucoup plus confidentielle, offre une atmosphère respirable du fait de ses longues et larges artères et la rivière Ping omniprésente qui agrandit considérablement l’espace.

Guide et plan de la ville en main, nous consacrons cette première journée à un pèlerinage religieux. Chiang Mai possède en tout et pour tout 80 temples bouddhistes. Nous débutons notre visite sans plan précis, en faisant une nouvelle fois confiance au hasard. Nous empruntons le taxi rouge local, dit songthaew, ou taxi collectif, en demandant au chauffeur de nous déposer dans une artère dédiée au recueillement. Nous traversons le quartier résidentiel de Chiang Mai sous un soleil de plomb : de somptueuses maisons forment des rangées au gazon impeccablement vert et entretenu. Le décor donne l’impression de traverser Beverly Hills, les temples bouddhistes en prime. Nous ne savons plus où donner de la tête : les temples se suivent et dégagent tous une singularité.

 


10 baths plus loin, nous quittons notre auto pour aller nous rafraîchir à l’intérieur d’une chapelle. Nous croisons quelques moines, en kasayas couleur safran. Inutile de les saluer ni de les « waier », ils ont pour consigne de ne pas se « mélanger » à la population. Tongs laissées à l’extérieur, nous montons les marches menant à l'intérieur. Le spectacle est somptueux : des dizaines de statuettes, dorées ou couleur jade, remplissent l’espace. Une surreprésentation émouvante de Bouddha qui pousse à la prière instantanée. Timides, nous restons debout en nous confiant en silence aux divinités présentes :
À l’amour, à la santé et aux succès de tous ceux qu’on aime ! À côté de nous, des fidèles font des offrandes au Bouddha dressé au centre de la chapelle : fleurs, gâteaux et fruits sont déposés à ses pieds. Nous les observons du coin de l’œil durant ce moment intime. Quelques baths glissés dans l’urne du temple, nous nous agenouillons et brûlons des encens : une prière accompagne chaque bâton planté dans le sable. Un moment très solennel que nous renouvelerons à plusieurs reprises dans la journée. Les couleurs des bas-reliefs et des infrastructures religieuses sont saisissantes : l’ocre et le beige côtoient le rouge et le doré, omniprésents.

L’architecture Lan-Na rivalise de sculptures et de scènes de vie parfaitement imagées.  En touristes disciplinés, nous nous rendons sur les lieux des plus impressionnantes curiosités architecturales de la ville. Direction le Wat Chedi Luang sur Phra Pokhlao Road. Ce lieu saint a survécu à plusieurs grands malheurs. Nous décelons la symbolique : la protection divine prend ici des formes inédites. Construit en 1401, le temple a survécu à un épouvantable tremblement de terre un siècle plus tard, au pillage du Bouddha d’émeraude, aujourd’hui à Bangkok. Le roi des Lan-Na aurait même échappé à la foudre en se réfugiant dans la chapelle.
Non loin de là, le Wat Chiang Man, le plus vieux temple de la ville, construit à la fin du 13ème siècle. Curiosité architecturale dans un remarquable état, ce lieu possèderait deux statuts, cachées des badauds, datant des 7ème et 8ème siècles. Un Bouddha déhanché, pour la première et l’autre ferait pleuvoir et conjurerait les esprits. Retour à l’hôtel pour nous reposer avant le dîner. Ici, on dîne tôt. Nous comprendrons pourquoi un peu plus tard.

 

Une soirée improvisée… et mémorable.

Départ pour le River Bar, un lieu branché de la ville longeant la rivière Ping. Anti-moustiques impératif pour ne pas être dévoré en quelques secondes par de voraces bestioles peu habituées à des peaux sucrées comme la mienne. Eh oui : 30 années de chocolat et de pommes normandes laissent des traces sur un organisme néanmoins coupé de ces substances depuis trois jours.

Le cadre est somptueux, la lumière tamisée. En fond sonore, une petite balade thaïlandaise évidemment, pour accentuer le côté romantique de cette soirée. Les péniches défilent à nos côtés dans le silence le plus absolu. Suivies de barques en bois qui ressemblent à des gondoles, à ceci près que le gondolier usant de sa pagaie, possède une tenue typiquement locale : costume en lin blanc et chapeau pointu thaï. Un régal pour les yeux... Et pour le palais aussi. Le dîner se déroule non seulement au clair de lune mais s’avère délicieux. Sur un appétissant buffet, nous ne pouvons plus nous passer des crevettes grillées et du riz blanc. Nous trinquons à la bière locale et à l’eau des montagnes. Un serveur nous conseille, avant de rentrer nous coucher, de faire un détour par le Night Market, un immense marché en plein air qui se tient chaque soir jusqu’à minuit.

Le décalage horaire toujours intact dans nos esprits, nous n’avons pas franchement sommeil. Allez : direction le Night Market (ou Night Bazaar) sur Loi Khro Road. Quelle cohue et quel tohu-bohu ! Sous les spots de lumière, on se croirait en plein jour. Les embouteillages accompagnent un concours de klaxons et  la ville grouille en direction de l’esplanade dédiée au shopping by night. Des milliers de stands à terre proposent tissus, céramiques, vêtements, bijoux… Les vendeurs sont particulièrement souriants, marque de fabrique de tous les thaïlandais d’ailleurs. Mon adrénaline est poussée à la puissance maximale. Quelle heure est-il ? 21 heures. Ah, voilà pourquoi on dîne tôt à Chiang Mai ! Les bonnes affaires imposent d’y consacrer au moins le dernier quart du cadran de la journée. Ici c’est tous les soirs les bonnes affaires, nous lance un couple émoustillé de français. Alors, mon excitation retombe et je me dis qu’il me reste cinq soirs pour me faire plaisir. Mon ami et moi faisons le plein de tissus et de minis bouddhas porte-bonheur. Ici, la pratique habituelle est de négocier les prix... raisonnablement car les prix sont déjà tellement bas. Tout est attrayant : 10 baths (20 cts d’euro) pour un petit porte-monnaie en toile, 150 baths pour la reproduction du bouddha d’émeraude, 1000 baths (20 €) pour un couvre-lit tissé mains… Nous rentrons à l’hôtel chargés comme des mulets. Notre prochain achat : une valise taille xxl pour ramener tous ces souvenirs.



 

 Jour 3 : dimanche 27 février 2005.
Espace détente.


A cause de notre shopping saturday night fever et du décalage horaire encore pesant, nous restons une nouvelle fois les yeux écarquillés toute la nuit. La fatigue commence à se faire sentir au petit matin, à l’heure où nous avions justement prévu de nous lever pour appréhender une nouvelle journée… entièrement consacrée aux massages. La veille, en arpentant les rues de Chiang Mai, les vitrines annonçaient des tarifs alléchants : head… body… foot massage : 1 heure de massage pour 150 baths. Notre sang n’avait fait qu’un tour.

L’excuse de nos nuits blanches nous pousse alors à nous rendre après le petit déjeuner nous faire chouchouter. Surtout que la journée s’annonce printanière - dit-on ici - : 41 ° C au soleil, j’appelle plutôt ça la canicule, moi !

Après une soupe thaïe plutôt épicée, nous prenons le taxi en direction du quartier résidentiel de Chiang Mai. Nous nous arrêtons devant un lieu qui annonce discrètement sa spécialité de thai traditionnal foot massage (massage traditionnel des pieds). La Thai Healing Aits Association, située à l’abri de la circulation, dans la cour annexe d’un temple est une école tenue par des femmes et des demoiselles en apprentissage. Pas besoin de rendez-vous : nous demandons un massage d’une heure chacun. Confortablement installés dans des chaises de jardin drapées d’une serviette de bain et d’un repose-tête caoutchouté, nous nous laissons aller au plaisir de la détente et de quelques secousses sismiques qui possèdent l’intérêt, tente de m’expliquer ma masseuse, de remettre tout mon organisme en état. Comment ça, en état ?

Les pressions des doigts et des coudes rendent le moment parfois douloureux. Comme mon thaïlandais n’est pas encore au point et que son anglais est plutôt approximatif, elle me mime les bienfaits de ces souffrances chroniques : finis fatigue, maux de ventre, crampes sous les pieds, et petits tracas passagers, semble-t-il localisés près du foie (dus à une consommation excessive de chocolat, je préfère préciser)… Cette réflexologie au camphre et au lait de toilette garantit une reconstruction totale… Une heure plus tard, les pieds pourtant à terre, nous avons l’impression de voler, prêts même à courir le marathon de Chiang Mai.

Nous quittons les lieux en remerciant nos hôtes. Plus loin, dans le centre ville, nous dénichons une petite boutique spécialisée dans le head massage, le massage de la tête. Un lieu plus luxueux et tamisé, placardé de schémas de crâne humain chargé de flèches et d’explications. Nous optons tous les deux pour une version relaxante qui possède déjà l’avantage de faire pas mal craquer les os du cou. Là encore, la réflexologie a des vertus médicales en plus de nous avoir transporté pendant une heure dans un univers de calme et de vide. Nous sommes parés à aller boire un verre en ville avant d’attaquer notre après-midi dédié au massage du corps. Libérés de toutes nos tensions et de notre fatigue, nous sommes en pleine forme malgré la chaleur qui a l’air d’abattre nos amis touristes. Ici, le massage est un art de vivre à part entière, complété par une élévation divine et diététique. Le bien-être, c’est ici! L’après-midi fut plus folklorique. Déguisés en pantins désarticulés pour l’occasion, les massages sont un tantinet plus douloureux et sportifs : stretching imposé ! Nous végétons le reste de la journée sur la terrasse ombragée du Riverside sur Charoenrat Road, le café chic de la ville. Situé le long de la rivière, nous profitons du petit vent tout juste frais en sirotant quelques sodas light. Là, nous faisons connaissance de belges habitués de cette ville depuis plusieurs années. Notre comportement post-massage du dos symptomatique les fait rire. Ils nous assurent que les premiers sont les plus durs. Après, la souplesse est une question d’entretien… Dès demain, c’est juré. Car nous quittons la ville en direction des montagnes pour un trekking. Nos nouveaux amis nous retiennent à dîner dans ce même endroit bondé à partir de 18 heures. « Vous allez faire un tour au Sunday market, ce soir ? », nous demandent-ils.

Dix fois plus grand que le Night Market, le Sunday Market est très attendu des touristes qui se déroule uniquement le dimanche. La curiosité nous pousse à y aller. Incroyable, mais vrai ! C’est l’occasion pour les exposants de varier les plaisirs : alimentation, vêtements, bijoux, tissus, disques, meubles en teck, tableaux… Un gigantesque centre commercial en plein air. Nous nous laissons tenter par quelques estampes thaïlandaises et des vestes patchworkées confectionnées par les habitants des montagnes… Puis retour à l’hôtel :
la vraie fatigue se fait sentir et nous ne tarderons pas à nous endormir enfin… au pays du soleil relaxant.

 

 Jours 4, 5 et 6 : Lundi 28 février, mardi 1er mars et mercredi 2 mars 2005.
Opération Indiana Jones.

Les soins de la veille nous ont bercé toute la nuit. Le réveil se déroule sans encombre. Bagages à la main, nous voici fins prêts à appréhender une nouvelle aventure.

Deux heures de route nous permettent de rejoindre un décor saisissant, totalement en opposition avec la ville de Chiang Mai. Les montagnes, secrètes, poussent notre curiosité à son paroxysme. Nous avions fait le choix de ne pas partager ce périple avec des touristes français. Notre bande de 12 est à majorité italienne. Nous nous saluons à la thaïlandaise. Et sympathisons instantanément avec un couple de Napolitains et de Bengladeshis que nous ne quitterons pas du séjour. Je m’imagine alors à dos d’éléphant, luttant contre les tigres en pleine jungle. Mon ami me demande si justement le baume du tigre ne m’aurait pas tapé sur la tête.

Je suis tellement excitée à l’idée de croiser de tels animaux que je marche dix fois plus vite que tout le monde. Mes nouveaux pieds requinqués y sont certainement pour beaucoup. La première journée est aussi tranquille qu’inattendue. Nous ne croisons pas de touristes : que des villageois et des paysannes travaillant à la manière ancestrale au champ ou dans les rizières. Nous traversons la forêt tropicale. La nuit tombe tôt ce premier jour. Nous dînons et dormons au Lisu Lodge, un hôtel situé en lisière d’un village forestier. Les décors extérieur et intérieur sont saisissants, uniquement constitués de matériaux et de tissus locaux. Des maisons sur pilotis toutes en bambou offrent un cadre somptueux, presque irréel. La nuit se déroule en silence. La nature semble être encore éveillée : les grenouilles, cette nuit-là, sont particulièrement bavardes.

Le lendemain nous promet de nombreuses rencontres et émotions. Matinée de repos durant laquelle nous profitons de notre proximité au village pour partir à la rencontre d’un peuple hors du commun. Sourires aux lèvres, ils nous font une parfaite démonstration de leurs travaux manuels. Quelle fabuleuse expérience ! Retour dans la montagne en direction d’un campement d’éléphants. L’après-midi se déroule à dos de pachydermes et à vitesse réduite pour profiter des lieux. Longues pauses rafraîchissantes à la cascade. L’expérience est magique : nous traversons la forêt, tels des explorateurs, en filmant chaque instant. Le chemin inverse se déroule en descendant le lit d’une rivière sur un radeau en bambou. Nous nous retrouvons à la tombée du jour autour d’un feu de camp, à taper des mains devant un spectacle de danses traditionnelles. Ce soir, nous sommes attendus dans notre deuxième campement de luxe pour une nuit à Khum Lanna. Il s’agit d’une maison d’hôtes toute en bois de teck blottis dans un jardin aux couleurs saisissantes. Un peu plus loin, des plantations et des rizières offrent, silence en prime, une vraie renaissance et un exotisme à son paroxysme. Nos hôtes francophones deviennent le temps d’une soirée de vrais amis que nous aurons d’ailleurs beaucoup de mal à quitter le lendemain. 
 


Heureusement, le matin suivant, nous observons le lever du jour et le jeu de la brume sur la montagne. Petit-déjeuner délicieux suivi d’activités inoubliables. Nous commençons la journée par une balade des environs en char à bœufs puis retournons à l’hôtel prendre des cours de cuisine thaïe. Histoire d’être incollables en rentrant à Paris. Le retour, nostalgique, vers Chiang Mai est l’occasion de faire un stop au Bouddha couché du temple de Wat Tham Dork Kum. En fin de journée, nous rejoignons notre nouvel hôtel, le Lotus Pang Suan Kaew de Chiang Mai, situé un peu plus en retrait de la ville. Changement radical de décor et d’atmosphère : le peuple des montagnes possède un charme dont il est difficile de se débarrasser.

Pour la peine, nous partons dîner au Chiang Mai cultural Centre. Cet endroit assez éloigné de ce que nous avons vécu ces trois derniers jours possède l’intérêt de faire connaître le peuple des montagnes aux touristes. Le restaurant du centre nous reçoit autour de tables dressées dehors à même le sol. Le dîner délicieux et varié se déroule devant un spectacle folklorique de danseurs, chanteurs et de lanceurs de sabres à faire froid dans le dos. Un agréable moment altéré par l’afflux massif de touristes du monde entier. Ce soir, pas de Night Bazaar : nous rejoignons l’hôtel pour une nuit longue et pleine de rêves à dos d’éléphant.  

 Jour 7 : Jeudi 3 mars 2005.
Shopping artisanal, visites  d'un musée traditionnel et de vestiges.

Notre chambre située au 11ème étage offre une vue impressionnante sur toute la ville. Nous prenons notre petit-déjeuner en suivant l’entraînement matinal de la police municipale dont les bureaux se situent à côté de l’hôtel : une séance hypnotisante, entre le yoga, le stretching et le lever impeccable de bâton, le tout bien évidemment en tenue de service, s’il vous plaît. Notre journée s’improvise autour d’une soupe aux yeux (c’est le surnom que nous lui avons donnée) –aux boulettes de viande – néanmoins parfaitement diététique. Shopping artisanal, visite du musée de costumes traditionnels et petit détour par les ruines du temple Whiang Kum Kam, le tout après avoir loué une voiture en centre-ville. Un petit luxe de 1000 baths néanmoins parfaitement raisonnable (20 euros).

Au hasard de nos balades, nous tombons sur un village dédié à l’artisanat du bois
 : Baan Hang Dong, situé à une quinzaine de kilomètres du centre. De sublimes commodes rivalisent avec quantité de sculptures et d’objets tout en bois. Bouddha prend subitement une autre allure : il est pas mal non plus en tek. Vanneries, céramiques, laques, bambous et rotins ne manquent pas. Nous nous arrêtons déjeuner dans un lieu magique conseillé par notre hôtel : le Baan San Kal restaurant. Sur la terrasse ombragée, nous dégustons un assortiment de viandes grillées en profitant d’une vue dégagée sur la montagne.

 

 


Malgré la chaleur, le moment est divin et nous donne envie de rester ici toute la journée. Mais à l’autre bout de la ville nous attendent les vestiges du royaume Lan-Na. Alors ne tardons pas ! Tel un décor de film, les ruines se visitent dans le silence le plus absolu. On imagine facilement la vie d’antan. C’est en 1984 que les archéologues ont découvert les restes d'une ville antique. Leurs recherches ont conclu à l’existence de la ville de Wiang Kum Kam, l’une des nombreuses villes enrichies et construites par le Roi Mengrai pendant qu'il consolidait sa prise de pouvoir sur le nord. Pas moins d’une vingtaine d’emplacements de temples ont été découverts dans le secteur. Nous les avons sous les yeux. Mengrai a, par la suite, déplacé sa capitale à Chiang Mai.

 



Pour ponctuer la journée, détour émerveillé par le musée du textile. Au programme : passage en revue d’un éventail de textiles rares et anciens, plus colorés les uns que les autres. Un retour dans le passé imagé par des tenues à couper le souffle.

Enfin, retour dans la cité pour un dîner placé sous les couleurs de l’Italie. Nous investissons une nouvelle fois le bord de la rivière Ping en nous installant à la terrasse de la Gondola de Stefano, un restaurant plein de charmes. Pâtes pour tout le monde et glace au chocolat, la première depuis une semaine. Un régal ! Après ce réconfort, nous retrouvons notre hôtel, bien décidé à profiter d’une longue et douce nuit. Pas de chance cependant : le bar de l’hôtel est encore ouvert et le concert du soir est dédié à la star américaine des années 50 : Elvis Prestley. Les chansons résonnent jusqu'au 11ème étage, au son des titres Love me tender, My way, Don’t be cruel…  jusqu’à trois heures du matin.
 

 Jour 8 : Vendredi 4 mars 2005.
Farniente, sans complexe.
 


Grasse matinée bien méritée. Nous nous levons quatre heures après le lever du soleil, à 9h30. Notre voyage touche à sa fin et nous ne pouvons pas contrôler notre nostalgie croissante. Nous savourons cette dernière journée autour de la piscine de l’hôtel en lézardant au soleil. Après le déjeuner, nous nous accordons une dernière balade en ville et un ultime massage des pieds pour appréhender dans les meilleures conditions notre vol de retour. Il faut déjà penser à plier bagage et quel boulot ! Après avoir dévalisé le Night Bazaar, je ne sais même pas comment nous allons pouvoir rentrer à Paris aussi chargés.

Le voyage s’effectue de nuit, toujours sur la compagnie Thaï Airways : une nuit de 11 heures qui rattrape tout le retard accumulé. Au matin, le petit-déjeuner s'accompagne d'une orchidée, posée sur le plateau en signe de bonheur. L’arrivée sur Paris nous plonge dans une vision immaculée. La neige recouvre la France : - 5°C, annonce le pilote de notre palace volant… La prise de contact est plutôt frisquette sur le sol national. Mais attention, pas question que nos orchidées fanent en trois secondes.
Nos organismes, en revanche ont souffert quelques jours. Mais nos âmes, elles, semblent ne pas avoir décollé. Chiang Mai, la magnifique, possède des atouts et des charmes insensés... qui poussent notre curiosité à la redécouvrir très vite.

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